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Le centenaire de la SAC suédoise commenté par une syndicaliste de la SKT sibérienne.

dimanche 22 août 2010

Le centenaire de la SAC suédoise commenté par une syndicaliste de la SKT sibérienne. “L’essence de la protestation des travailleurs syndicalistes” (20.07.2010)

1. Une délégation de la SKT [Siberskaya Konfederatsia Truda, confédération sibérienne du travail] a participé aux activités pour le centenaire de la SAC [en juin 2010]. Très brièvement, Elena Starostina, que peux-tu nous dire de ce syndicat ?

L’organisation Centrale des Travailleurs de Suède, SAC existe depuis 100 ans. C’est un véritable syndicat ouvrier. La SAC a organisé les travailleurs sur la base d’une vision tactique et idéologique anarchosyndicaliste. C’est-à-dire un syndicat de classe, qui défend l’internationalisme et la solidarité des travailleurs. Les travailleurs eux-mêmes ont créé des syndicats dans les entreprises, pour lutter pour leurs droits sur le lieu de travail et en dehors, même si cela constituait une violation des droits des travailleurs, clairement limités par les partis politiques qui utilisent les travailleurs pour arriver au pouvoir. La structure de la SAC, comme syndicalisme authentique, est horizontale, visiblement antiautoritaire, avec des racines dans l’autogestion, c’est-à-dire contrôlée par les travailleurs et non pas par des idéologues et des chefs autoritaires.

La SAC compte officiellement à l’heure actuelle plus de 6.000 affiliés. En outre, il y a en parallèle une organisation de jeunesse, la SUF (Fédération syndicaliste de jeunes) et une organisation antifasciste qui travaille avec la SAC.

La SAC a des sections appelées LS (section locale) dans de nombreuses villes et beaucoup de villages, avec une sorte d’union de cellules. Elles militent de façon indépendante, ont leurs cotisations et peuvent avoir leurs propres locaux. Les delegués des sections locales ont un congrès tous les trois ans pour aborder et coordonner l’action. Il y a des syndicats dans plusieurs branches, mais pas seulement cela. Il existe des associations de personnes dans le syndicat pour s’occuper de problèmes sociaux. Par exemple, le groupe de "régularisation", qui organise les immigrants illégaux pour la défense de leurs droits.

Quatre fois par an les représentants de sections locales se réunissent pour coordonner les actions et résoudre les problèmes urgents. J’ai eu la chance d’assister à une de ces réunions. J’ai été agréablement surprise par la responsabilité et l’attention avec lesquelles chaque représentant des réseaux locaux de la SAC a été écouté par les autres compagnons. Et j’ai été également surprise de voir comment de simples travailleurs résolvent et planifient des actions syndicales à long terme dans ces réunion, de même la tactique de leurs cellules ou de leurs actions de solidarité. Dans ce cas il est évident que ces personnes ont acquis la tradition libertaire, syndicaliste de leur syndicat, et qu’elles n’ont pas peur de s’exprimer.

2. Quelle est la différence principale entre la SAC et le syndicalisme traditionnel ? Quelle définition donnerais-tu du syndicalisme comme théorie et pratique ouvrières ?

Pour moi, la SAC est un syndicat, qui possède et qui maintient la tradition classiste réelle du syndicalisme, auquel les travailleurs viennent d’eux-mêmes, sans les employeurs, et le syndicat est organisé par les travailleurs eux-mêmes, pour protéger et défendre leurs droits dans le travail et en-dehors. D’autre part, la SAC est un syndicat idéologique, et j’ai été stupéfaite par des travailleurs de plusieurs branches se présentant en tant que anarchosyndicalistes et anarcho communistes. Et j’ai vu des brochures au contenu libertaire que les travailleurs lisent. Ils représentent clairement et ils continuent la tradition des syndicats ouvriers dont l’objectif final est que les travailleurs s’emparent des moyens de production.

Le principe de ne pas participer aux partis politiques et aux élections, et la pression sur le gouvernement par l’action directe et le contrôle d’une partie des autorités au moyen de syndicats de travailleurs, permettent à la SAC de se maintenir et de se préserver de la corruption et de l’inutilité des partis en faveur des patrons et de syndicats pour le patronat. Et cela différencie la SAC des syndicats traditionnels. Lamentablement, en Russie les travailleurs sont formatés par la machine étatique et le paternalisme des bolcheviks et des néo libéraux, et les ouvriers ont des tendances conformistes, ils ne peuvent imaginer un monde ayant une autre idéologie ni même une tendance à l’auto organisation et à un soupçon d’autogestion. Il est très difficile de recréer chez les gens les principes d’entraide, de solidarité, mais en Suède on voit un syndicat idéologique ouvrier et des organisations autogérées.

Bon, la différence entre la SAC et les “trade unions” peut être simplifiée en comparant aux syndicats d’Angleterre participant aux élections et nommant leurs permanents dans les partis. Et même en Russie cela n’existe pas, c’est simplement un spectacle de prétendues activités syndicales sous les sigles FNPR [Federatsia nezavisimikh prefsoyuzov Rossii, Fédération de syndicats indépendants de Russie]. Il y a des situations pires.

En général, la SAC continue sa tradition syndicale 100 ans après sa création, non sans difficultés bien entendu, avec le maintient de la solidarité entre les travailleurs, la vision du but final du travail avec la justice et sans le patronat, mais avec la gestion et la propriété des entreprises par les travailleurs eux-mêmes.

3. Les organisations syndicalistes ouvrières et anarchosyndicalistes ne sont pas très massives et parfois cela freine le syndicalisme. Est-il possible que l’affiliation massive, surtout comme masse théorique, ne soit pas si importante ?

L’association des personnes dans une organisation se fait pour la défense de leurs droits et de leurs libertés, pour mettre en pratique leurs idées, aider les autres dans les mêmes groupes de personnes et démontrer la capacité des gens à s’autogérer depuis la base. À mon avis, ces associations se font souvent spontanément, pour résoudre tout problème social qui apparaît. Et lorsque le problème est résolu, ce groupe de personnes ayant une pratique de lutte sociale, ressentant l’essence de la solidarité, la sensation de joie des pratiques à partager, et la satisfaction d’aider les autres, ne se désagrège pas, il continue vers le futur, en développant les principes de son organisation, sans leaders, sur une base volontaire, pour trouver des solutions ensemble. On peut supposer que ce sont des actions syndicalistes des gens. Il est difficile d’imaginer que dans une époque de néo libéralisme, les gens soient capables en grand nombre de s’associer en organisations qui agissent avec des principes d’entraide, d’auto organisation, d’autogestion, sans chefs. [...]

4. Quels sont les syndicats d’autres pays qui collaborent avec la SAC ? Comment vois-tu ces liens ?

Bien entendu, les syndicats noirs et rouges, qui croient à la base idéologique de l’anarchosyndicalisme. Il y a le syndicat IWW (Travailleurs industriels du monde) qui est légendaire et avec une histoire intéressante. La CNT française (Confédération nationale du travail), le syndicat allemand FAU (Union de travailleurs libres), qui n’a pas une grande force, mais mène par contre une politique d’action directe et de dénonciations en justice. La centrale syndicale noire et rouge CGT (Confederación General del Trabajo), le syndicat le plus compact parmi les syndicats européens noirs et rouges, avec presque 60.000 adhérents. Certains syndicats italiens Unicobas et USI.

Je pense que la coopération, par exemple avec la SAC, a joué un rôle important pour nous. Dès les années 1990 et en 2000 la SAC a réalisé des séminaires et des réunions pour les travailleurs de Sibérie, ce qui a donné des noyaux au départ du syndicat. Cela a été une aide pour la SKT dans ses actions pratiques. Avec cette coopération nous avons beaucoup gagné sur le plan théorique face au mouvement ouvrier en Europe, et sur le plan syndical pour le mouvement ouvrier.

La coopération entre syndicats se concrétise surtout par une aide à des syndiqués soumis à la pression des autorités, de leur employeur. Des expériences de lutte sont échangées, des actions de solidarité, du matériel théorique, des idées sur la société libertaire. [...]

7. La SAC dans son programme, dans ses documents est contre le capitalisme et le salariat. La SAC voit la future société comme un socialisme libertaire (libre). Qu’est-ce que le socialisme libertaire et en quoi se différencie-t’il du socialisme de l’ex Union soviétique ?

J’ai vécu l’apogée de ce qu’on appelle le socialisme de caserne en URSS. Je viens d’une famille de travailleurs. Je parlais avec les enfants mêmes de familles ouvrières et j’ai vu toute leur vie de travail de l’intérieur. Ils ne faisaient que vivre pour travailler. Mon père labourait, mettait de l’argent de côté pour les vacances, dites « les loisirs », il piquait centime sur centime pour la famille. Dans les familles ouvrières on parlait des chefs comme pour les grands propriétaires terriens, avec le même point de vue. Beaucoup de travailleurs s’enivraient, maintenant je comprends pourquoi. Dans notre pays le socialisme de l’URSS, avec nos travailleurs, avec le vous devez être libres et heureux ! À la radio et à la télévision il y avait les discours répugnants de leaders et du congrès du PC de l’URSS, les bureaucrates se bâfrant, les directeurs d’usines avec leurs regards de dégoût pour les travailleurs. [...] La masse des travailleurs dans un tel socialisme autoritaire est exploitée, mais c’était bien pire. Nous qui allions encore à l’école, on nous enseignait que ces travailleurs n’avaient pas de maîtres, parce qu’ils travaillaient pour le bénéfice de l’État, qu’il ne fallait pas protester, avoir de pensées sur la liberté d’expression, parce que nous avions le socialisme, tout se faisait de façon juste.

Les travailleurs, dans ce genre de socialisme de caserne, n’apprenaient pas, et pire encore, ils oubliaient complètement le sens de la rebelion, de la protestation, quand on est bafoué et que nos droits sont foulés au pied dans l’entreprise. Tout cela a été enseigné à toute la masse des travailleurs, et que l’État socialiste dans ce socialisme se souciait d’eux. Le socialisme autoritaire, où le gouvernement avec à sa tête la nomenklatura du Parti (la classe exploiteuse) s’assoit sur le coffre des bénéfices obtenus par les travailleurs comme mes parents et les autres travailleurs, pour les distribuer selon sa volonté, pour fermer la bouche des récalcitrants, pour que les gens se déshabituent de penser et de lutter. C’est pour cela que maintenant il existe une masse travailleuse passive, soumise au paternalisme.

Et avec le socialisme libertaire c’est tout le contraire. L’autogestion se fait de bas en haut, il y a effacement de l’État (oui, oui, ce sont des principes anarchistes, messieurs les gouvernants). Elle est fondée sur des groupes, des communes de gens auto organisés, solidaires, qui créent par leurs accords une vie sociale, où les gens prennent leurs propres décisions. Mais il faut qu’il y ait une majorité avec des idées non conformistes, tendant vers et désirant l’autogestion, avec le sens de la justice et de formes justes de gestion. Comme la SAC qui a déjà pris cette voie avec son action syndicale. [...]

Texte russe complet sur http://www.avtonom.org/node/12747, et (http://skt.pp.ru/).

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